Elle est partie le matin du 23 novembre 2017. Chez elle. Elle s’était habillée, coiffée et maquillée. Comme à son habitude. Puis, vers 9h, elle a appelé le 144. Quand les ambulanciers sont arrivés, ils l’ont retrouvée inconsciente sur le carrelage de la salle de bain. Ils ont tenté de la réanimer pendant plusieurs minutes. En vain. Sa mort a été prononcée à 9h51.
Elle, c’est ma mère, Alessandra.
Elle est partie un matin. Sans prévenir. Je n’étais pas là pour lui dire au revoir.
Dans les semaines qui suivent sa mort, je retranscris dans un cahier des bribes de dialogue, je tente de restituer sa manière bien à elle de parler, ses expressions, ses tournures de phrases. Je les prononce à voix haute, j’essaye de retrouver son accent, son phrasé, son rythme, comme lorsque j’étais enfant et que je m’amusais à l’imiter. Je fais cela rapidement, sans réfléchir. Pour saisir encore quelques bribes d’elle, avant que les images, les souvenirs, le son de sa voix, de son rire, ne s’effacent peu à peu et perdent de leur acuité, de leur clarté, de leur précision, jusqu’à disparaître peu à peu dans l’oubli.
Parce que « toutes les images disparaîtront », comme dirait Annie Ernaux.
Je fais cela pour conjurer l’absence.
Pour qu’elle ne parte pas. Pour ne pas perdre le lien.
Pour continuer à parler avec elle.
Alors naturellement, comme je suis actrice, et que je pratique le théâtre depuis maintenant plus de la moi é de ma vie, ce dialogue, j’ai eu aussi envie de le metre sur une/en scène.
Parce que le théâtre est ce lieu magique on l’on peut convoquer qui l’on veut. Les morts et les vivants.
Et parce que j’ai très envie de vous la présenter.
Alessandra. Ma mère. Ma maman.
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